Une chute et une chute d’eau

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Le retour à Bangkok s’est fait sans trop de problème, jusqu’à environ 10 kilomètres de la ville. Le trafic augmentait à vue d’œil. Il me fallait environ une heure pour traverser les 7 derniers kilomètres. J’atteignais une maison d’hôte dans laquelle j’allais attendre patiemment mon parrain et son amie, qui avaient réservé plusieurs nuits là- bas pour leurs vacances. Ils arriveraient d’ici quelques jours. J’allais retrouver un peu de famille et surtout je pouvais me poser 10 jours dans un endroit qui deviendrait provisoirement ma nouvelle maison.

Je profitais de mon temps à Bangkok pour faire plein de choses que je n’avais pas pu faire depuis un moment. Dormir était la première. Ces dernières semaines avaient été intenses, et je manquais de sommeil. Il faisait bon de pouvoir faire des grasses matinées à nouveau. J’en profitais également pour faire nettoyer la moto, et en faire l’entretien.

Je la conduis donc dans une station service à l’angle d’une rue : chaque station service en Thaïlande offre des services de nettoyage à la main. Je pose la moto, et regarde une famille s’activer autour de celle-ci. La femme asperge, le mari gratte, leur enfant frotte. Tout le monde s’y met gaiement.

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Moto-wash ! 

La moto est resplendissante, et je décide de faire un petit peu d’entretien sur place. Je ne parviens pas à trouver d’ombre, et le soleil tape fort. Je commence par changer le filtre à air, puis je change l’huile du cardan, et celle de la boîte à vitesses (« tiens, c’est marrant, le manuel dit 0,8 L d’huile mais j’en suis déjà à 2 L d’huile et ce n’est toujours pas plein… Comment ça il faut pas remplir à fond ?! Bon ben, on revide… »), sous le regard étonné des conducteurs de tuks-tuks. On m’apporte un parasol pour me protéger, et des bidons pour mettre l’huile vidangée. La chaleur est intense, et je dégouline de sueur. Je remplis le liquide de refroidissement et l’huile moteur, et rentre pour prendre une douche bien méritée. J’étais plutôt fier de moi, malgré l’incident de l’huile.

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Prétendant connaître la mécanique

Mon parrain et son amie me rejoignent après quelques jours, et je m’improvise temporairement guide local. Un couple d’amis arrivent également le même jour, ce qui entraîne naturellement quelques bonnes bières en groupe le soir. Nous redécouvrons la ville ensemble, et passons de très bons moments.

12212045_10205185378057185_1525697240_n_FotorFlorian, Valérie, Didier

Les journées s’enchaînent agréablement, et il est bientôt l’heure pour eux de prendre un train en direction du Cambodge. Ils quittent la maison d’hôte un matin de très bonne heure pour ne pas louper leur train. Je prends, ce matin-là, la meilleure décision de tout mon voyage : je décide de partir à la même heure qu’eux pour éviter les bouchons de la capitale. Je me rends rapidement compte que j’ai fait le bon choix en voyant le trafic et les innombrables feux rouges déjà présents, même à 5h du matin. Je n’ose même pas imaginer ce qu’aurait été mon calvaire si j’étais parti quelques heures plus tard.

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Avec mon parrain à 5h du mat’

Je m’éloigne de Bangkok, le sourire aux lèvres. Rester au même endroit 10 jours d’affilée est aussi bon que d’y repartir. Je décide de descendre le plus rapidement possible en direction de la Malaisie pour rencontrer un autre membre de ma famille : mon oncle, en vacances là-bas dans la ville de Penang. Plus de 1100 kilomètres nous séparent, et je décide de diviser le trajet en 3 jours, sans planifier quoi que ce soit pour autant. La première journée se passe très bien et j’avance beaucoup plus vite que prévu. Je longe lentement le Sud du pays, et atteins la ville de Chumphon. 2 choix s’offrent à moi à présent : continuer le long de la côte Est, ou bifurquer et longer la côte Ouest. L’Est est plus rapide pour atteindre ma destination, mais la mousson frappe cette partie. L’Ouest me fait faire un détour, mais à priori au sec. Je décide d’opter pour cette dernière solution, et continue ma route.

Un panneau attire mon attention sur le côté gauche : « Waterfall, 3.5 kms ». Cela faisait quelques heures que je roulais, et je décide d’aller voir la cascade et de prendre une pause bien méritée. Je suis seul sur cette route en cul-de-sac qui amène jusqu’à une mini chute d’eau peu impressionnante.

DSC_5498_FotorLa chute d’eau

Je décide d’utiliser l’opportunité d’être sur une route déserte pour prendre quelques vidéos avec des angles un peu différents de d’habitude. Je pose la caméra par terre au bout de la route sans issue, et pars vers l’horizon. Je fais demi-tour au bout, et reviens face à la caméra pour un plan rapproché. Content de moi, je décide de refaire demi-tour pour poser la moto et récupérer ma caméra. Seulement, voyez-vous, qui dit cascade dit humidité. Qui dit humidité dit végétation, et plus précisément mousse glissante sur le sol. Qui dit mousse glissante, dit « Flo espèce d’abruti, regarde où tu roules avant de faire demi-tour ». L’action se passe en une fraction de seconde, la roue avant passe sur la mousse, glisse sur le côté et il est impossible de réagir pour éviter la chute. La moto tombe de tout son poids, recassant au passage la valise latérale que j’avais réparée quelques semaines auparavant. Ce n’est pourtant pas le problème, je pourrai la rafistoler de nouveau. Non. Le vrai problème, c’est de savoir comment un petit gars de 24 piges arrivera à relever une moto avec un moteur de voiture tout seul sur une route déserte. Je tente plusieurs positions, et garde mon sang-froid. Inutile d’essayer 20 fois d’affilée : je suis en plein soleil et ne ferai que m’épuiser et perdre des forces pour rien. J’analyse donc la situation. J’ai la force nécessaire pour relever la moto, mais la roue avant est toujours dans la mousse. Tenter de la relever avec tout le poids ferait simplement glisser la roue plus loin et retomber la moto. La seule solution possible est d’y aller franco et de la soulever avant qu’elle n’ait le temps de glisser, mais il me faut l’alléger avant. J’enlève donc tous les sacs possibles, retirant facilement 40-50 kilos. C’est un succès : je parviens à la relever du premier coup. Je remets en place tous les sacs, rigole bêtement de ma négligence, et repars joyeusement sur les routes.

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Essayez de relever ça…

J’atteins la côte et plus précisément la ville peu connue de Ranong, où je décide de m’arrêter après plus de 580 kms, et trouve une maison d’hôte très agréable. J’y rencontre un jeune allemand avec qui je passe la soirée. Il me rappelle énormément moi durant mes premiers voyages. Nous visitons les sources d’eau chaude où nous sommes quasiment les seuls étrangers, accueillis par les grands sourires des familles locales. Nous nous séparons en début de soirée, heureux d’avoir pu partager un bon repas ensemble.

Le lendemain est un peu plus difficile, et je décide de partir aux alentours de 7h pour avancer un maximum en direction de la Malaisie. Continuer le long de la côte Ouest me ferait atteindre la ville de Phuket, ce qui signifie un gros détour et beaucoup de trafic. Je décide de couper à travers les terres et de rallier l’autre côte. La route traversant d’un côté à l’autre est superbe : une vraie traversée de jungle, avec de belles courbes et de jolies vues. Le brouillard m’accompagne, ajoutant une touche de mysticisme à ce paysage exotique.

DSC_5505_FotorRoute à travers la jungle

J’atteins la côte Est, et continue plein Sud. Je comprends rapidement ce que veut dire le mot mousson. J’ai à peine le temps de mettre en place mon équipement de pluie, que les averses éclatent. Une pluie très abondante me saisit, et je suis heureux d’être au sec dans mes combinaisons. Les voitures semblent s’amuser à viser les flaques les plus grosses pour que de grosses masses d’eau éclatent sur mon casque aussi régulièrement que possible. Je soupçonne que ce soit leur façon amicale de m’aider à rincer les résidus de mouches de ma visière. Quel peuple charmant.

Les averses laissent place à un soleil radieux qui me fait oublier à quel point la pluie était violente, jusqu’à la prochaine rincée. Je décide qu’il vaut mieux porter l’équipement de pluie jusqu’au bout, et atteins après 520 kms la plage de Pak Bara, où je décide de m’arrêter pour la nuit. Je n’étais plus qu’à environ 75 kms de la Malaisie, et 280 kms de Penang, ce qui serait parfait pour le lendemain. Je tente 3 hôtels complets, et parviens à trouver une petite chambre juste à côté de la plage. Le propriétaire me demande d’attendre un moment pendant qu’ils la préparent, et je tape le ballon avec son très jeune enfant. Je m’installe, et vais me rafraîchir dans la mer. Je suis rejoint à la petite plage par un chat, puis par mon jeune ami footballeur. Nous formons un drôle de trio. Le petit me parle en thaï, et je lui réponds en anglais. Le chat miaule son approbation.

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Avec mon jeune ami footballeur

One Response

  1. Marlène de la Bedoule

    Quelle aventure. Quelle frayeur en découvrant ta moto à terre. Plus de peur que de mal, fort heureusement et surtout emmagasiner beaucoup de forces pour la relever. Prévois une boîte d’épinard au cas où… Popeye y trouvait du muscle.
    J’imagine ta joie d’avoir croisé ta famille.
    Bonne chance pour la suite. Ici froid et neige, l’hiver s’installe.

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