Un petit coup de main… S’il vous plaît ?

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Cette nouvelle journée commence par un choix de route : aller voir un autre lac et traverser le fameux col aux 44 virages pour m’y rendre, ou continuer directement sur ma prochaine destination, Sungai Penuh. Je choisis d’abandonner le premier choix pour 2 raisons qui me semblent plausibles : j’ai déjà vu un lac magnifique il y a peu de temps, et bien que les virages puissent être agréables avec une moto légère, la mienne et tout son équipement ne serait qu’un effort de plus. Je continuais donc ma route, et découvrais au fur et à mesure de ma journée que de nouveaux lacs s’offraient de toute façon à moi. La vue de ceux-ci est accompagné d’une pause café et délicieuses bananes frites.

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Banane frites et café : une belle façon de faire une pause !

Les paysages sont de plus en plus beaux en descendant vers le Sud, et je traverse de multiples plantations de thé, plus vertes les unes que les autres. Un motard local et sa copine s’arrêtent pendant que je prends des photos, et nous échangeons quelques mots et poignées de mains.

DSC_5745_FotorRencontre sur la route

La journée est longue, et les paysages s’enchaînent rapidement. Le soleil est vite remplacé par de grosses averses, puis de vraies radées. Un col est particulièrement difficile. La pente est vraiment raide, et l’eau ruisselle comme une rivière dans le sens inverse. Je réduis ma vitesse au maximum et élargit mes virages pour ne pas glisser et me laisser surprendre. Je passe pour la première fois depuis la Birmanie une sorte de flaque si profonde que mon pot se retrouve sous l’eau. J’arrive épuisé à Sungai Penuh, et trouve un hôtel où la gentillesse des propriétaires me fait oublier la médiocrité de la chambre. Je passe malgré tout une grande partie de la nuit à pourchasser des araignées et bestioles en tout genre.

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Plantations de thé

Je décide de me lever tôt pour pouvoir enchaîner un maximum de kilomètres. Le réveil sonne à 5h40, et j’enchaîne mon rituel journalier : préparer les sacs, enfiler les bottes, et allumer les appareils électroniques. Le chemin du jour me fait traverser du centre de l’île jusqu’à la côte Ouest, et la route est extrêmement difficile : non seulement le chemin passe le long de cols étroits et avec beaucoup de pente, mais la route est en grande partie composée de gravier, de boue et de trous vraiment profonds et dangereux. Je manque de perdre l’équilibre à plusieurs reprises, et avance au ralenti. J’atteins la côte quelques heures plus tard, et continue ma route pour finir dans la ville de Bengkulu, 355 kms et quelques 10 heures de route plus tard. La nuit se passe sans araignées.

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Routes difficiles

Une fois de plus, je me lève tôt et repart dès que possible. Ca semble être devenu une sorte de nouvelle philosophie pour moi : couvrir le plus de distance possible et dépasser mes limites, sur la fin de ce voyage. La route de bon matin est toujours agréable, l’air est frais et les paysages se réveillent en même temps que moi. J’avance rapidement mais quelque chose ne va pas. Quand vous conduisez aussi longtemps avec une bécane, vous pouvez facilement vous rendre compte du moindre petit changement au niveau de la conduite. Ce changement-ci (difficulté à maintenant la moto stable dans les virages) ne pouvait signifier que 2 choses : soit mes sacs étaient mal équilibrés, ce qui m’étonnerait car je venais de tout rattacher le matin-même, soit mes pneus avaient un problème.

J’avais repéré la veille un problème sur ma jante arrière, qui avait du être amochée durant un passage à travers l’un des nombreux trous sur la route. Je continue un peu et m’arrête à une station service. Je descends, redoutant le pire et m’approche lentement du pneu arrière. J’appuie dessus; il s’enfonce de quelques millimètres. Mauvais signe. Je décide de le regonfler, et de repartir. Les 80-100 kilomètres suivants se passent relativement bien, mais je sens une dégradation vers la fin. De pire en pire, je suis forcé de m’arrêter dans une village et constate avec effroi l’intensité du problème : le pneu est complètement à plat. J’essaye d’attirer l’attention d’une dame au village pour lui montrer mon problème et lui expliquer mon besoin de le regonfler au plus vite. Des enfants regardent l’incompréhension linguistique avec un sourire, et je leur montre le pneu. « Psht psht ». Je mime le signe d’une pompe, et tente de leur communiquer mon besoin. Ils filent dans une maison voisine, et reviennent avec une pompe de vélo. Mes sauveurs ! Je regonfle le pneu au maximum, leur donne un peu d’argent pour les remercier, et repars, mon assurance cependant très ébranlée.

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Jante enfoncée

Les 10 kilomètres suivants ne sont vraiment pas bons. Je sens bien que ça ne tiendra pas longtemps, mais je tente de continuer. Les distances sont longues et je dois rallier les 15 kilomètres me séparant du prochain village. Le pneu en décide autrement et la terre, la boue, et les trous ont raison de ma patience. Je sens que cette fois, je suis vraiment à plat (enfin les pneus…). J’entends la jante toucher le sol à plusieurs reprises, et commence à avoir des sueurs froides. Je descends de la moto, et tente de demander de l’aide aux gens me regardant l’air amusé depuis une cabane aux environs. Ils m’observent depuis leur fenêtre sans carreaux et me font signe qu’ils n’ont rien pour m’aider. Le pneu est complètement dégonflé, et la pluie commence à tomber. Je reste debout, au milieu de cette piste sauvage qui est plus trouée qu’un morceau de gruyère. Je ne sais pas quoi faire, et tente de ne pas paniquer. La pluie me trempe, et je commence vraiment a avoir du mal à gérer le problème. Je tente d’enlever tous les sacs pour accéder aux kit de réparation de pneus situé sous ma selle. J’essaye de regonfler les pneus avec les cartouches de CO2, mais rien ne se passe. 6 cartouches plus tard, je me rends à l’évidence : je ne peux absolument rien faire.

Je remets tous les sacs en place, et tente d’avancer sur la jante. Advienne que pourra. Je passe un trou, deux trous, et manque de laisser tomber la moto à plusieurs reprises. 10 mètres plus loin, je suis complètement coincé. La roue tourne dans le vide, et la jante touche maintenant entièrement le sol. Je tente de mettre la moto sur sa béquille, mais me rends compte que j’ai perdu tellement de hauteur que la béquille touche le sol avant de pouvoir se déployer complètement. La pluie commence à tomber abondamment. Quel désarroi… L’un des sentiments que j’ai le plus de mal à gérer dans ma vie est celui du manque de contrôle, et c’est exactement ce que j’éprouvais à ce moment-là. Un pauvre motard qui ne peut même pas descendre de sa moto, au milieu d’une route terrible d’une île isolée et sauvage, bloqué et pris au piège de sa propre mission. Enlevez-moi quelques années d’expériences, et je serai déjà entrain de sangloter comme un enfant. Mais il faut se rendre à l’évidence, ça ne changerait pas grand-chose ici. La nuit tomberait d’ici quelques heures, et il me fallait une solution.

Je décide donc de faire de grands signes à chaque camion qui passe en leur montrant mon pneu, et mon impossibilité de descendre à cause de la béquille. On me répond avec des regards désolés. Passe quelques dizaines de camions, mais personne n’a de quoi me dépanner. Au bout de quelques temps, un pick-up fait demi-tour, et 3 hommes s’approchent. Je tente d’expliquer la situation, et ils proposent de me dépanner contre un peu d’argent. J’accepte volontiers, mais leur explique que mettre la moto à l’arrière de leur véhicule n’est pas aussi simple que ça à cause de son poids. Ils comprennent finalement ce que je voulais dire quand l’un d’entre eux essaye de soulever la roue avant. Ils maintiennent la moto, et je descends pour enlever tous les sacs. La pluie tombe désormais par grosses radées. J’enlève tout ce qui est possible, et balance les sacs à l’arrière de ce véhicule salutaire. Ils sortent des planches pour faire une sorte de rampe, et l’on s’y met à 4 pour monter la moto difficilement. Je leur demande de me déposer à la prochaine grande ville, à 15 kilomètres de là, et exprime mon besoin d’un bon mécanicien. S’en suit 15 kilomètres de virages serrés et de trous, ou je me tiens debout à l’arrière du pick-up avec un autre homme, supportant la moto de toute ma force pour qu’elle ne bascule pas.

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Dans le pick-up ! 

Arrivé au village, on la descend dans un petite boutique de pneus. L’homme semble être un spécialiste local, et commence par regonfler ce dernier. Il gicle de l’eau dessus pour tenter de voir s’il y a une fuite, mais aucune bulle ne sort. Je lui montre la jante défigurée, et il acquiesce. Le problème vient bien de là. J’utilise l’outil traducteur de mon téléphone pour lui communiquer ma peur d’avoir le même problème par la suite, et explique que je l’ai déjà regonflée 3 fois aujourd’hui. Il acquiesce de nouveau, et décide de tenter de remettre la jante en place en tapant dessus à travers un bout de bois avec une grosse masse. Au fil des coups, la jante reprend une forme un peu plus conventionnelle et le pneu semble ne plus perdre d’air. Je remercie tout le monde présent autour, soit environ 15 curieux, mes 3 sauveurs et mon travailleur de pneu. Je distribue quelques billets supplémentaires à ces gens qui ont pu m’aider à sortir de cette situation, et repars pour ma prochaine destination, où je décide de m’arrêter 2 nuits pour récupérer un peu de sommeil et préparer la suite de mon voyage.

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Petite boutique de pneus 

3 Responses

  1. Sauteur Marianne

    Que de difficultés , mais il me semble que tu arrives toujours à trouver une solution ,ou quelqu’un de sympa pour te dépanner ,courage et bonnes fêtes

  2. Cricri de la Bédoule

    La série noire, remplie d’embüches mais j’admire ton courage, ton sang froid, ta ténacité. Je ne peux que te féliciter.
    Je te souhaite un joyeux Noël si, d’ici là, tu n’es pas connecté.
    A bientot cher Mac Gyver

  3. ne montrez pas ces photos de routes vraiment défoncées à nos édiles: nous n’aurions plus aucune réparation de chaussée pendant les dix prochaines années. Au moins!
    A la lecture de votre récit et à la réflexion ‘pomper l’air’ n’est pas toujours négatif!

    bon vent (de l’air qui va plus vite) et sûre arrivée

    JJB

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