D’une île à l’autre

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L’endroit où je passe 2 nuits est paradisiaque et renommé pour le surf, et je retrouve des touristes sympathiques venus attraper quelques vagues. Le dernier soir, alors que je prépare mes affaires dans la chambre, j’aperçois une lueur très étrange par la fenêtre, d’une couleur rouge/rose incroyablement intense. Je sors et cours en direction de la plage, pour voir le plus beau coucher de soleil de ma vie. Je repars le lendemain de bon matin, complètement reposé.

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Malheureusement aussi loin d’être aussi beau qu’en vrai

La journée qui commence promet d’être longue. Mon but est de quitter l’île de Sumatra pour enfin rejoindre celle de Java par bateau. 318 kilomètres me séparent encore de l’endroit où le ferry se trouve, et le temps commence à se faire long sur la route. Mon pneu continue à me poser des problèmes et à se dégonfler, et je décide à tout hasard de m’arrêter dans une concession Yamaha pour demander un coup de main. Plusieurs personnes m’accueillent avec de grands yeux. Finalement, un des responsables qui parle un peu anglais vient me serrer la main. Je lui montre la roue, explique avec la gestuelle habituelle que la jante est un peu voilée et que de l’air en sort (« bang bang, air out, psshhhh »). Il me propose de laisser son équipe regonfler le pneu et bosser sur la jante pendant qu’on partage un café.

coffee break_FotorCafé avec l’équipe Yamaha…

On me prend en photo avec l’équipe, tandis que ma jante est remise en état et mon pneu à la bonne pression. « Alors… », je lui demande avant de partir. « Yamaha ou BMW, c’est quoi le mieux ? ». Il pointe ma moto du doigt et me fait signe de ne pas divulguer son secret.

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… et dernière petite photo ! 

J’atteins finalement la pointe Sud de Sumatra et me dirige en direction du ferry.  Je pensais qu’il me faudrait quelques temps pour localiser l’entrée et trouver le comptoir où acheter le billet, mais tout est beaucoup plus simple que je n’imaginais. L’entrée est une sorte de péage au bout de la route principale, où vous achetez directement le ticket de ferry, sous forme de petite carte. Vous passez ensuite les barrières, et de nombreux gardes vous pointent gentiment la direction à suivre pour rejoindre le bateau. Une fois rentré dedans, vous garez la moto et pouvez vaquer à vos occupations pour les 3-4 heures qui suivent. La sortie est toute aussi simple. J’avais atteins l’île de Java.

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Sur le ferry et à la sortie

Avant de continuer, j’aimerais juste revenir sur l’état des routes de Sumatra en citant un message de mon ami australien Steve (rencontré au Lac Toba), car sa description est assez exacte et rigolote :

« Vraiment, appeler ces choses-là des routes est une insulte aux autres routes. Que penseraient les routes d’Australie ou de France si elles le savaient ? Elles auraient honte d’être associées avec ce que Sumatra appelle « route »… Foutaise ! Complète et effarante foutaise ! Les Indonésiens appellent ces choses meurtrières « JALAN ». J’appelle ça un ENFER. Les Nazis eux-mêmes n’auraient jamais inventé d’appareil de torture aussi sophistiqués que les routes de Sumatra. Et elles sont mystérieuses, aussi… Tu ne sais jamais quand ces choses immondes vont disparaître devant tes yeux, laissant apparaître à la place un trou béant de la taille d’une baignoire, venu de NULLE PART. »

Je pense qu’on peut dire que quelqu’un a passé un petit peu trop de temps à Sumatra !

Ma destination pour le soir était Jakarta, la capitale. La nuit commençait à tomber, et je tente de rejoindre l’autoroute pour me rendre au plus vite sur place. Malheureusement, et pour la 2ème fois de mon voyage, c’est une autoroute où les motos sont interdites. Il me faut donc faire un gros détour, et parcourir les 135 kilomètres qui mènent à la capitale chaotique sur les petites routes complètement bondées. Mes phares rendent l’âme, et je me retrouve obligé de tenir ma lampe de poche entre la paume de ma main gauche et ma poignée pour éclairer péniblement ma route. Quelques minutes plus tard, les piles de celles-ci faiblissent lentement puis meurent, me laissant à la merci de la nuit. Les dernières heures sont un enfer, et le trafic est un calvaire. Je tente de suivre à plusieurs reprises les véhicules qui ont les meilleurs phares, et arrive avec beaucoup de soulagement devant mon auberge de jeunesse, où je suis accueilli très agréablement.

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Effrayante traversée de nuit

Le lendemain matin, j’avais rendez-vous avec 2 amis que je n’avais encore jamais rencontrés en personne. Le premier à arriver est Mario, un ami indonésien qui a fait exactement le trajet opposé au mien. Il est parti depuis son Indonésie natale jusqu’en France, avec le support de ses sponsors et de son esprit d’aventurier. Nous devions normalement nous rencontrer en Iran, mais n’avions finalement pas pu nous croiser. Nous étions en même temps dans le même pays, mais le retard sur l’envoi de sa moto avait malheureusement corrompu nos plans. Nous nous étions donc promis de nous revoir une fois sur place. Nous sommes rejoints quelques minutes plus tard par mon deuxième ami, Adi. Nous nous sommes connus à travers un forum de motards. C’est lui qui a établit mon itinéraire pour tout Sumatra, c’est lui qui m’a donné plein de conseils avisés, et c’est lui aussi qui en arrivant souriait de toutes ses dents à la vue de Mario. Les 2 se connaissent déjà, à ma plus grande surprise. Adi connaît également mon ami Fajar (rencontré à Bangkok, retrouvé à l’ambassade indonésienne de Kuala Lumpur, vous vous souvenez ?). Le monde des motards est minuscule en Indonésie !

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Mario et Adi sur leurs bécanes

Nous partons donc tous les 3 faire un tour dans les rues de Jakarta et rejoindre une boutique de moto où je décide de faire changer mes plaquettes de frein, qui en ont bien besoin. L’endroit est bien étrange : le garage sombre est rempli de motos, mais le tout ne ressemble pas du tout à une boutique. L’entrée se fait donc par le garage, puis il faut traverser une maison, monter des escaliers, constater avec étonnement la présence de grosses tortues de terre (qui sont je suspecte les animaux de compagnie du propriétaire), avant d’arriver enfin à l’étage où une très grande boutique à l’apparence très soignée apparaît alors, remplie d’accessoires motos. Nous sommes accueillis avec de grands sourires, et l’on m’annonce que j’ai de la chance car les plaquettes dont je suis à la recherche sont effectivement en stock. J’apprends par la suite que l’endroit est en fait une boutique de moto principalement active sur internet, d’où l’entrée un peu précaire.

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De gauche à droite : Adi, le vendeur, moi et Mario

Nous passons l’après-midi au café du coin pendant que l’on s’occupe de ma moto. Nous échangeons plein d’histoires, et passons un excellent moment ensemble. De retour au magasin, nous passons quelques temps avec les gens sur place, qui m’annoncent que les plaquettes ont été changées sans aucun soucis. Adi en profite pour récupérer quelques précieux contacts, et l’on m’offre même un spray pour nettoyer la visière. Je n’aurais jamais pensé avoir besoin de quelque chose comme ça, mais je dois avouer qu’au final je m’en suis servi plus que je ne veux bien l’admettre… Je récupère la moto, et dis au revoir à mes amis. J’étais prêt à traverser le dernier bout de terre qui me séparait de ma destination finale, Bali. Un « bout de terre » encore long de plus de 1200 kms.

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